Être bon médiateur ? Être bon conciliateur ? Expérience milanaise de l’un de nos PRDistes

Du 18 au 22 avril dernier, Me Thierry Bériault était à Milan (Italie) où il a enseigné les principes de la médiation intégrative à un groupe de médiateurs, d’avocats et de juges belges, français et suisses. Intitulée « Être bon médiateur ? Être bon conciliateur ? Mais comment ? », cette conférence était organisée par monsieur Éric Battistoni, juge au Tribunal du travail de Verviers (Belgique) et un des initiateurs du Groupement européen des magistrats pour la médiation. Elle était aussi sous l’égide de l’Association nationale des médiateurs, de la Chambre nationale des praticiens de la médiation et de quelques universités européennes.

Le savoir-faire québécois : un gage de qualité

L’objectif de cette activité de formation était non seulement de permettre aux personnes qui pratiquent la médiation de se perfectionner, mais également de susciter des échanges approfondis relatifs au développement de la profession dans l’espace francophone européen. Thierry observe que les médiateurs québécois jouissent là-bas d’une réputation enviable, tant par le rayonnement que leur procure le programme de maîtrise en PRD de l’Université de Sherbrooke, que parce que nous avons réussi à structurer nos interventions de telle sorte que les acteurs économiques et sociaux font fréquemment appel à la médiation privée pour résoudre leurs conflits. Cette réalité que nous avons contribué à établir au Québec n’est pas celle de nos cousins d’outre-Atlantique, qui rencontrent des difficultés importantes à promouvoir la médiation privée dans un contexte où la conciliation effectuée par des magistrats est le mécanisme prédominant.

La médiation intégrative : une approche novatrice

La présentation de Thierry portait sur l’approche intégrative à la médiation qui a été développée à partir des travaux théoriques des professeurs Louise Lalonde, Georges A. Legault et Jean-François Roberge de l’Université de Sherbrooke, travaux qui ont été traduits et expérimentés sur le terrain par nombre de nos médiateurs depuis près de dix ans maintenant. Cette approche a aussi bénéficié des apports de la psychologie à la science de la négociation et de la médiation, dont le professeur Jean Poitras des HEC Montréal est sans nul doute le contributeur le plus significatif au Canada. Bien que cette approche soit de la grande famille « transformative », elle est unique au Québec de par une structuration formelle des échanges qui se décline dans un mécanisme en quatre étapes ainsi que par une éthique appliquée omniprésente dans l’action du médiateur.

Les perspectives

Thierry a également assisté à la présentation de Michel Ylieff, professeur honoraire de psychologie comportementale à l’Université de Liège (Belgique), qui portait sur la contribution de la psychologie scientifique sur la médiation.

Les propos du professeur Ylieff étaient fascinants, et son enseignement m’a éclairé sur ma pratique. Dans l’action quotidienne du médiateur, il y a de nombreux gestes que nous posons et des décisions que nous prenons, sans pour autant que nous comprenions toujours exactement la mécanique sous-jacente ou tous ses effets sur les parties. Le professeur Ylieff nous a exposé des éléments de réponse et surtout, un cadre théorique sur lequel une réflexion peut être amorcée quant à nos façons de faire.

Thierry lui a d’ailleurs suggéré d’établir un dialogue entre les théoriciens de la psychologie en Belgique et au Québec afin de permettre d’approfondir les connaissances et en faire profiter les praticiens de la médiation, voire d’organiser un colloque à ce sujet avec la participation de l’IMAQ.

Mais ce que je retiens avant tout est cette communauté d’intérêts et d’expériences que j’ai partagée avec ces professionnels qui ont la même volonté que moi de faire en sorte que cette médiation que nous pratiquons le soit de manière pérenne dans nos sociétés et qu’elle permette à nos concitoyens de résoudre leur différends de manière efficace et éthique, tout en contribuant à une meilleure cohésion sociale. Cette conférence m’a aussi permis de lier des liens d’amitié que je souhaite durables et mutuellement enrichissants. Je me souviendrai longtemps de ces diners sympathiques que nous avions quotidiennement dans une cantina de travailleurs près de notre hôtel, des soupers emplis de conversations et de débats sur la médiation et ses enjeux ainsi que d’un certain dimanche ensoleillé avec Gabrielle et Philippe qui m’avaient si gentiment invité à découvrir Milan en leur compagnie.